Abjection matinale
Tout allait durer cinq minutes, une étincelle d'ennui refroidie par l'immonde. L'insidieux allait me mener vers l'infâme. Cela fait dix ans maintenant qu'un pourrissement véroleux de joie fait suinter et grouiller les yeux d'individus variés, boursouflés et ternis par la réalité d'un samedi soir vide et sans passion. Ils n'en sont pas coupables, ils ne font que consommer un produit de divertissement de grosse production créé, lancé et diffusé par la sainte bénédiction des pouvoirs et des censeurs.
Le chef d'orchestre montre encore des signes extérieurs de schizophrénie médiatisée ratée. La voix est forte, pleine d'assurance et d'optimisme. Soulignons une nouvelle fois l'antagonisme considérable du rapport toucheur-touchés.Oui, Il aime toucher. Les numéros se succèdent devant les yeux ébahis et amplis de vacuité intellectuelle et peut-être morale. Une « chanteuse », « fermière », « jet-setteuse » qui brille par la seule imposition de ces guillemets ; un converti, déconverti, reconverti qui, à force de revirements, perd de la vitesse, déjà affaiblie par un manque d'aérodynamisme capillaire. À cela, vous ajouterez des has-been et des never-been et vous obtiendrez ce brouhaha alchimique aux composantes peu hétérogènes agglutinées autour de tables intimes pour susciter un peu plus la naïveté du touché.
Sur l'arène, des couleurs, de la musique, des « artistes ». Tout cela est bien mièvre et cette seule combinaison donne déjà au spectacle tout son caractère d'amusement facile et sans saveur. Pourtant, ceux que l'ont pensait heureux d'avoir échappé à ces immondices immatériels (déjà trop matériels) sont victimes de leur soumission involontaire. Certes, il est de notoriété publique que le chien s'est abandonné à l'homme (à ses risques et périls) et que sa mutation provoquée en pantin habillé, coloré, parfois peut-être désarticulé n'est qu'une conséquence logique d'un abus exponentiel de l'être dit « supérieur ». Supérieur ? Oui : il peut parler, marcher et construire ; trois avantages lui permettant de dire des conneries, de les répandre et de les concrétiser ; l'évolution continue de lui être favorable.
On pensait que l'abject télévisuel avait été atteint. C'est alors que sont « intervenus » les chats. Deux nains russes : maquillés, souriants, presque plastifiés ouvrent une caisse remplies de félins stoïques. Durant cinq minutes, ils devront suivre des ordres et convoiter de près : le bruit, les odeurs et la seule présence d'êtres humains. Anéantissez le sauvage, vous aurez du docile.
Je le savais déjà, la nature alimente tout secteur mis sur pieds par l'homme. Mais jusqu'il y a peu de temps, je n'étais pas pleinement conscient de ces ignobles tortures joyeuses.